L’intérêt composé n’est pas un intérêt plus élevé : c’est un intérêt qui
produit lui-même des intérêts. La différence ne se voit pas la première année.
Elle décide de tout à partir de la quinzième.
Pourquoi la courbe n’est pas une droite
Avec un intérêt simple, on gagne chaque année le même montant : le capital de
départ multiplié par le taux. Avec un intérêt composé, les intérêts de l’année
rejoignent le capital et travaillent à leur tour. Chaque année part donc d’une
base un peu plus grande que la précédente.
Le tableau de progression ci-dessus rend cet effet visible : la colonne
« versé » monte en ligne droite, la colonne « intérêts » accélère. Sur une durée
courte, l’essentiel du capital vient de l’effort d’épargne. Sur une durée longue,
le rapport s’inverse — et c’est le seul argument qui compte en faveur de
commencer tôt.
Le moment du versement change le résultat
Un versement effectué en début de période produit des intérêts
pendant cette période ; effectué en fin de période, il n’en produit qu’à partir
de la suivante. Sur un seul versement, l’écart est négligeable. Sur trois cent
soixante versements mensuels, il représente une période entière d’intérêts sur
l’ensemble — soit, à 3 %, environ 3 % de plus sur toute la part issue des
versements. Sur un livret réglementé, le même principe prend la forme de la règle des quinzaines du Livret A.
C’est le paramètre que la plupart des simulateurs n’exposent pas, et c’est
pourtant celui qui explique qu’ils ne donnent pas tous le même nombre.
Ce que le résultat ne dit pas
Trois choses, et elles vont toutes dans le même sens.
La fiscalité n’est pas déduite. Selon l’enveloppe, les gains
supportent des prélèvements qui réduisent le capital réellement disponible.
C’est le cas, par exemple, du taux de distribution
d’une SCPI, toujours publié brut.
Les frais de gestion non plus. Un frais annuel de 1 % n’a l’air
de rien et représente, sur trente ans, une part considérable du capital final —
parce qu’il se compose lui aussi, en sens inverse.
L’inflation enfin. Le montant affiché est en euros courants :
il ne dit pas ce qu’on pourra en acheter. Pour raisonner en pouvoir d’achat,
saisissez un taux net d’inflation plutôt qu’un taux nominal.
La règle de 72, pour vérifier d’un coup d’œil
Divisez 72 par le taux annuel : vous obtenez, approximativement, le nombre
d’années nécessaires pour doubler un capital. À 3 %, environ 24 ans ; à 6 %,
environ 12 ans. L’approximation est bonne entre 2 % et 10 %, et elle permet de
repérer immédiatement un résultat aberrant.