Le CMPC répond à une question de décision : à partir de quel rendement un
projet crée-t-il de la valeur ? C’est le coût moyen de l’argent que
l’entreprise emploie, pondéré par la part
de chaque source. Il complète le seuil de
rentabilité, qui dit à partir de quel chiffre d’affaires l’activité cesse de
perdre.
Pourquoi la dette coûte moins que son taux
C’est le point que la formule contient et que les calculs rapides oublient.
Les intérêts d’emprunt sont déductibles du résultat imposable : chaque euro
d’intérêt réduit l’impôt dû.
Une dette à 4 % dans une entreprise imposée à 25 % coûte donc réellement
4 % × (1 − 0,25) = 3 %. C’est ce qu’on appelle l’économie
d’impôt, et c’est elle qui explique une part de l’attrait de l’endettement.
Un CMPC calculé sans ce facteur est systématiquement surestimé — donc trop
exigeant, et il conduit à écarter des projets rentables. Le tableau ci-dessus
chiffre l’écart.
La pondération se fait en valeur de marché
La théorie demande des valeurs de marché, pas comptables. Pour une société
cotée, les capitaux propres valent la capitalisation boursière, pas le montant
inscrit au bilan — et l’écart entre les deux est souvent considérable.
Pour une société non cotée, la valeur de marché n’est pas observable, et l’on
retient faute de mieux les valeurs comptables. C’est une approximation assumée,
et il faut savoir qu’on la fait.
Le coût des fonds propres n’est pas une donnée
C’est l’entrée la plus fragile de tout le calcul. Contrairement au coût de la
dette, qui se lit sur un contrat de prêt, la rentabilité attendue par les
actionnaires ne s’observe nulle part.
On l’estime, généralement par le MEDAF : un taux sans risque, plus une prime
de risque de marché multipliée par un coefficient de sensibilité. Chacun de ces
trois termes fait l’objet de conventions, et deux analystes sérieux aboutissent
couramment à des estimations écartées de plusieurs points.
La conséquence pratique : un CMPC affiché à deux décimales donne une illusion
de précision que ses entrées ne justifient pas. Il vaut mieux le manier comme une
fourchette et tester la sensibilité du projet à sa variation.
Une erreur de méthode fréquente
Le CMPC de l’entreprise s’applique à un projet de même risque
que son activité habituelle. L’utiliser pour actualiser un projet de nature
différente — une diversification, une acquisition dans un autre secteur —
revient à valoriser un risque avec le prix d’un autre.
Dans ce cas, la pratique consiste à retenir le CMPC de sociétés comparables du
secteur visé, pas celui de l’entreprise qui investit.