Il n’y a pas d’espace disparu, ni de mensonge commercial. Il y a deux unités
qui portent presque le même nom et, sous Windows, le même symbole affiché.
Deux façons de compter les octets
Le gigaoctet (Go) suit le Système international, comme le
kilomètre ou le kilogramme : le préfixe giga vaut 10⁹, un milliard. Le
gibioctet (Gio) suit les puissances de 2, parce que la mémoire
d’un ordinateur s’adresse en binaire : gibi, contraction de « giga binaire », vaut
2³⁰ = 1 073 741 824. Le même fichier de 1 000 000 000 octets pèse donc 1 Go, ou
0,931 Gio. En anglais, les symboles sont GB et GiB.
D’où vient la confusion
Dans les premières décennies de l’informatique, 2¹⁰ = 1 024 était assez proche de
1 000 pour qu’on l’appelle « kilo ». L’approximation coûtait 2,4 % et personne ne s’en
souciait. Mais l’écart se compose à chaque étage, et il atteint près de 10 % au niveau
du téra. Pour lever l’ambiguïté, la Commission électrotechnique internationale (CEI)
a créé fin 1998 les préfixes binaires kibi, mébi, gibi, tébi, repris depuis 2008 dans
la norme CEI 80000-13. Le Bureau international des poids et mesures le rappelle : les
préfixes du SI désignent strictement des puissances de 10. Le pouce des écrans
ne laisse pas cette ambiguïté : sa
conversion en centimètres est exacte par définition.
Qui compte comment
- Fabricants de disques durs, SSD, clés USB et cartes mémoire :
unités décimales. 1 To = 10¹² octets.
- Windows : unités binaires, mais affichées avec les symboles
décimaux. Sa case « Go » est un Gio.
- macOS : unités décimales depuis Mac OS X 10.6, en 2009. Un
disque de 1 To y apparaît comme 1 To.
- Linux : selon l’outil. Beaucoup écrivent explicitement GiB ou Gio,
d’autres emploient les unités décimales.
- Mémoire vive : une barrette vendue « 8 Go » contient en réalité
8 Gio, soit 8 589 934 592 octets. La RAM, adressée en binaire, a toujours été
comptée en puissances de 2, même sous le symbole Go.
L’écart grandit avec la taille
D’un étage au suivant, le rapport entre binaire et décimal se multiplie par
1,024. D’où la progression : 2,4 % au kilo, 4,9 % au méga, 7,4 % au giga, 9,95 % au
téra. Un disque de 4 To contient 4 000 milliards d’octets, que Windows affiche
comme environ 3,6 To — exactement 3,64 Tio. Rien n’a été perdu : c’est la même quantité d’octets, écrite deux fois.
2⁴⁰, le tébioctet
2⁴⁰ = 1 099 511 627 776. C’est la valeur d’un tébioctet (Tio), l’unité que
Windows appelle « To ». Un téraoctet décimal ne vaut que 0,909 Tio, ce qui explique
qu’un disque de 1 To ne franchisse jamais le seuil du « To » dans l’Explorateur
Windows et reste affiché en Go.
Les vrais octets manquants
Une petite part, elle, manque réellement. Le formatage réserve de la place
pour la table d’allocation des fichiers. Les constructeurs de PC ajoutent une
partition de récupération. Windows réserve de l’espace pour le fichier
d’échange et les points de restauration. Un SSD garde en plus une réserve
interne, invisible du système, pour remplacer les cellules usées. Cette part dépend
tellement du modèle et de la configuration que ce calculateur ne la chiffre pas :
il vous donnerait un nombre inventé.
Bits et octets : le facteur 8
Une autre confusion, plus coûteuse encore, sépare le bit de l’octet. Un octet
vaut 8 bits. Les capacités de stockage se comptent en octets (symbole o, ou B en
anglais), les débits réseau en bits par seconde (b, ou bit/s). Une fibre à
1 Gb/s ne télécharge donc pas 1 Go par seconde, mais au mieux 125 Mo/s. Le Gb
(gigabit) n’a rien à voir avec le Gio : il est huit fois plus petit qu’un Go.