La formule de Magnus donne la pression de vapeur saturante
d’un air à une température donnée : la pression partielle qu’atteint la vapeur
d’eau quand l’air n’en accepte plus. Tout ce qui touche à l’humidité en
découle — l’humidité relative n’est que le rapport entre la vapeur présente et
cette valeur, et le point de rosée, la température à
laquelle une paroi se couvre de condensation, n’est que la même formule
lue à l’envers.
Une forme, plusieurs jeux de coefficients
« La » formule de Magnus n’existe pas. Il existe une forme,
proposée par Heinrich Gustav Magnus en 1844, et une famille d’ajustements de
cette forme sur des mesures. Tous s’écrivent pareil ; seuls changent les trois
nombres C, b et c. Ils ne donnent pas le même résultat et ne valent pas sur la
même plage.
L’écart paraît minuscule et ne l’est pas toujours. Sur la pression de vapeur
saturante à 20 °C, les quatre ajustements proposés ici tiennent dans 0,2 %. À
−20 °C, le jeu historique de Magnus-Tetens s’écarte de 0,8 % des valeurs
modernes, et de 2,5 % à −40 °C : il n’a jamais été publié pour ces
températures. C’est la raison pour laquelle ce calculateur refuse d’employer un
jeu hors de sa plage plutôt que de prolonger la courbe en silence.
Lequel prendre
Par défaut, celui du National Physical Laboratory, l’institut
de métrologie britannique — coefficients 17,62 et 243,12 au-dessus de l’eau,
identiques à ceux de Sonntag. Trois raisons : il couvre la plage la plus large
(−45 à +60 °C), il est le seul de la liste dont la source publie une incertitude
assortie d’un niveau de confiance (moins de 0,6 % de la
valeur, à 95 %), et la même source fournit le jeu correspondant au-dessus de
la glace.
L’ajustement d’Alduchov et Eskridge (1996), très répandu en météorologie,
donne pratiquement la même chose : sur toute la plage du bâtiment, les deux
jeux s’accordent à mieux que 0,03 °C sur le point de rosée. Le choix entre eux
n’a aucune conséquence pratique. Celui entre l’un des deux et Magnus-Tetens
employé hors plage, si.
Eau ou glace, ce n’est pas la même formule
En dessous de zéro, une même température correspond à deux pressions
de vapeur saturantes différentes selon que la surface est de la glace
ou de l’eau restée liquide en surfusion. À −10 °C, la pression au-dessus de la
glace est inférieure de 9,5 % à celle au-dessus de l’eau surfondue ; à −30 °C,
de 26 %.
Cet écart n’est pas une subtilité de laboratoire : c’est lui qui fait
grossir les cristaux de glace aux dépens des gouttelettes dans un nuage, et
c’est lui qui explique qu’une vitre givre pendant que la buée voisine reste
liquide. Un hygromètre qui affiche un point de rosée négatif ne précise
généralement pas s’il l’a calculé sur l’eau ou sur la glace ; l’écart entre les
deux lectures atteint quelques dixièmes de degré.
Le piège de la moyenne
La pression de vapeur saturante croît de façon exponentielle avec la
température : dans la plage du bâtiment, elle double tous les 10 à 12 °C.
Une conséquence en découle, contre-intuitive et souvent ratée : la
moyenne des pressions n’est pas la pression de la moyenne. Un air à
10 °C le matin et 30 °C l’après-midi ne se comporte pas comme un air à 20 °C
constant — la moyenne de ses deux pressions saturantes dépasse de 17 % celle
qu’on lirait à 20 °C.
C’est le même défaut de raisonnement que sur l’addition de niveaux sonores en décibels, où deux
sources de 60 dB en font 63 et non 120 : dès qu’une grandeur passe par une
exponentielle ou un logarithme, la moyenne arithmétique des valeurs affichées
ne veut plus rien dire. Il faut moyenner les pressions, jamais les
températures.
Ce que la formule ne dit pas
Elle donne une pression, pas une quantité d’eau. Passer de l’une à l’autre
demande la loi des gaz parfaits, et le résultat dépend alors de la température
absolue : c’est l’humidité absolue, en grammes par mètre cube,
que le calculateur affiche au-dessus. Un air saturé à 0 °C porte 4,85 g/m³,
un air saturé à 20 °C en porte 17,2 : plus de trois fois plus. C’est toute
l’explication du fait que ventiler en hiver assèche.
Elle décrit enfin de la vapeur d’eau pure. En présence d’air, un facteur
d’accroissement corrige la valeur de très peu ; il n’est appliqué ni ici ni
dans la plupart des usages, et il reste sans effet sur une décision de
chantier ou de conservation.